La Chambre des Professionnels du Bois est une organisation professionnelle qui a pour but de représenter et défendre les entreprises de bâtiment
auprès des pouvoirs publics, des décideurs économiques et des autres acteurs de la construction.

Membre de la Fédération Française du Bâtiment

La CHAMBRE DES PROFESSIONNELS DU BOIS vous souhaite la bienvenue sur son site web.

espace adhérent

espace adhérent

Email utilisateur :

Mot de passe

Mémoriser ses identifiants

OK

Vous êtes ici > > >

OK

Bâtimétiers N° 47 - 2017 | Grand témoin

Michel GUISEMBERT, président du Comité français des Olympiades des Métiers - WorldSkills France

Accompagner les jeunes vers l'excellence des métiers

Les savoir-faire du bâtiment sont au coeur des Olympiades des Métiers, ou WorldSkills Competition, dont la 44e édition verra se confronter des jeunes de 75 pays en octobre à Abou Dhabi (Émirats arabes unis). Une compétition qui fait émerger des grands champions dans chaque métier, en mobilisant autour d'eux de nombreux bénévoles qui croient aux vertus de la transmission et font confiance à la jeunesse de leur pays.

Michel Guisembert a effectué l'essentiel de son parcours sous le signe de l'apprentissage et de la transmission. Titulaire d'un CAP de Mécanique générale, il rejoint les Compagnons du Devoir, puis passe un second CAP de Fraiseur. Il travaille durant 24 ans dans une PME dont il devient directeur technique, avant d'obtenir un diplôme d'ingénierie de la formation et de diriger une association d'insertion. Depuis 2012, il est président de WorldSkills France-Cofom.

Pouvez-vous nous résumer la philosophie des Olympiades des Métiers ?

L'idée est la même depuis que les Olympiades des métiers ont été créées au sortir de la Seconde Guerre mondiale, à une époque où elles concernaient principalement les métiers du bâtiment et où les besoins de savoir-faire dans ce secteur étaient très forts en raison de la reconstruction. L'idée était que pour montrer l'intérêt de s'engager dans un métier, les jeunes sont les mieux placés, en s'adressant à d'autres jeunes au cours de compétitions qui valorisent leurs compétences, leur passion, leur excellence - comme le font les Jeux olympiques dans le domaine du sport. Au fil des années, plus d'une soixantaine de pays dans le monde ont adhéré à ce principe et ces valeurs en rejoignant le mouvement. Dans le même temps, les Olympiades se sont élargies aux métiers de l'industrie, des nouvelles technologies et des services, même si ceux du bâtiment conservent une prédominance naturelle. Dans tous ces métiers, il s'agit de mettre en exergue des jeunes - âgés de moins de 25 ans au moment des compétitions internationales - qui pratiquent un métier dans l'excellence.

Quel est le lien avec les Compagnons du Devoir ?

Historiquement, ce sont d'abord les Compagnons du Devoir qui ont représenté la France dans les Olympiades des Métiers, jusqu'aux années 90. Ils ont passé ensuite le relais à une association, le Comité français des Olympiades des Métiers (Cofom), au sein de laquelle sont représentés tous les acteurs publics et les organisations professionnelles - dont la FFB - qui ont un lien avec les métiers. Les Compagnons du Devoir sont toujours très présents, mais le mouvement a pris une ampleur beaucoup plus large, en réunissant un grand nombre d'organisations et de décideurs économiques qui agissent pour les métiers, la jeunesse et la formation professionnelle. Notre mouvement repose sur l'engagement de plus de 4 000 bénévoles, ce qui illustre la force du bénévolat dans notre pays. Il faut souligner l'implication indispensable des « transmetteurs », ceux qui possèdent un savoir et le redonnent généreusement aux jeunes.

Comment s'articulent les différents niveaux de la compétition, et où en êtes-vous en ce printemps 2017 ?

Le premier niveau, ce sont les sélections régionales, sous l'égide des conseils régionaux. Au total, 7&nbdp;000 jeunes y ont participé ces derniers mois, toutes régions confondues. Chaque région constitue son équipe de médailles d'or dans chaque métier, et ces équipes participent ensuite à la finale nationale. La dernière a eu lieu à Bordeaux en mars. Durant trois jours, elle a rassemblé 630 compétiteurs dans 51 métiers. L'événement a mobilisé des centaines de jurés, d'experts et de bénévoles, et il a attiré 60 000 visiteurs. Des médailles d'or, d'argent et de bronze ont été attribuées dans chaque métier. Dans chacun d'eux, nous avons sélectionné début mai les médaillés or ou argent qui vont intégrer l'équipe de France des Métiers et participer à la prochaine WorldSkills Competition, en octobre à Abou Dhabi, où ils se confronteront aux équipes nationales de 76 autres pays. Il n'y aura qu'un seul compétiteur par métier - sauf pour ceux exercés en binôme, comme jardinier-paysagiste. Avant la compétition, l'équipe de France des Métiers va bénéficier d'un entraînement de grands champions, avec préparation physique, mentale et entraînement à la communication, même si les jeunes continueront pendant ce temps leur activité en entreprise ou en formation.

Comment se situent les Français par rapport à leurs compétiteurs internationaux dans les métiers du bâtiment ?

La France est bien placée depuis plusieurs décennies dans les métiers du bâtiment, où elle remporte généralement beaucoup de médailles lors des WorldSkills. Nos jeunes sont regardés de très près notamment dans les métiers du carrelage, de la peinture, de la menuiserie et de la charpente. De manière générale, puisqu'il s'agit d'une compétition mondiale, la Wordskills Competition est un bon indicateur du dynamisme d'un pays dans tel ou tel secteur. Nos bons résultats dans le bâtiment sont tout simplement le signe que la France excelle souvent dans ces métiers. C'est aussi la démonstration que dans notre pays, il existe à la fois des savoir-faire très actifs autour de ces métiers, des organisations professionnelles et des filières de formation qui s'impliquent fortement pour développer et valoriser ces compétences chez les jeunes, et des équipes métiers qui sont très présentes pour les accompagner. Au fond, c'est tout l'écosystème des métiers du bâtiment qui est porteur.

Comment analysez-vous les qualités que les jeunes développent au cours de ces compétitions ?

Les jeunes développent bien sûr des qualités professionnelles au meilleur niveau, car ils s'entraînent beaucoup et sont portés par tout l'écosystème dont je viens de parler. Mais ils font preuve aussi de valeurs de solidarité, au sein de l'équipe, et de qualités personnelles que la compétition les pousse à approfondir : la générosité, l'écoute, l'abnégation dans le travail, le courage... C'est aussi parce qu'ils ont de hautes valeurs morales qu'ils sont de grands champions. La jeunesse d'aujourd'hui, pour peu qu'on la mette en situation de projet et qu'on l'accompagne en lui donnant quelques règles et objectifs, est capable de nous étonner en permanence !

Quelle est votre propre motivation dans votre mission de président de WorldSkills France - Cofom ?

Elle est de faire tout ce que je peux pour que la jeunesse de notre pays se sente bien dans son avenir. En 50 ans de parcours professionnel, en particulier comme Compagnon du Devoir, j'ai eu la chance de rencontrer des hommes et des femmes qui m'ont transmis un savoir-faire, un savoir-être et m'ont donné le goût de transmettre à mon tour. Il est tellement important de redonner ce qui nous a été prêté. Voir la progression fulgurante d'un jeune quand on lui a donné quelques ingrédients de base est une satisfaction immense.

Cela montre aussi qu'en apprenant un métier, on apprend par le métier, bien au-delà d'un geste technique. J'ai moi-même beaucoup appris par mon métier, raison pour laquelle je crois profondément à la formation par alternance, en ayant un pied dans l'entreprise pour comprendre, apprendre et avoir envie d'aller plus loin. Et puis, comme pour tous les bénévoles qui participent à ce mouvement totalement désintéressé que sont les Olympiades des Métiers, ma motivation est de mieux faire connaître - même s'il faut souvent se bagarrer contre l'indifférence des médias - les savoir-faire extraordinaires que compte notre pays !